Sibylla Boulle 4 ARTS

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 contes et légende de France

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MessageSujet: contes et légende de France   Sam 28 Oct - 21:31

Les chaussons ensorcelé.

L'île avait-elle déjà émergé de la douce Loire qui maintenant la berce? On dit qu'à la place de la jolie petite ville de Decize s'étendait, en ce jadis si lointain qu'on ne sait où le fixer, les domaines du comte Gontran de Colomban Raveau. Nous ne répondons pas du titre et du nom, que nous conserverons pour la commodité du récit. Le répertoire de ces vieilles généalogies légendaires est bien mal tenu!

Le comte et la comtesse avaient une fille, Marie-Agathe, et c'était, lorsque notre histoire commence, leur seul enfant vivant. Les autres, des garçons, étaient morts sur les champs de bataille.

Marie-Agathe était jolie, obéissante, affectueuse, elle savait un peu lire et écrire, pas trop.. Avec tout ça, riche héritière! On imagine que les prétendants à sa main ne manquaient pas. Mais ses parents trouvaient toujours prétexte à refuser les meilleurs partis. Elle était leur joie du coeur et des yeux. D'ailleurs, il ne semblait pas que Marie-Agathe, qui ignorait ces démarches, eût eu chagrin d'abandonner le monde merveilleux de l'enfance.

Les soucis commencèrent cet été-là... Et enveloppés de quels mystères! Lourds de quels insondables dangers!

Écoutez plutôt :

Un matin, sa dévouée gouvernante constata avec stupeur l'usure des mignonnes chaussures que Marie-Agathe avait portées la veille pour la première fois! Pourtant, elle l'avait vue les ranger, comme d'habitude, au pied de son lit!

Combien d'heures, combien de kilomètres avait-il fallu pour les détériorer à ce point? Elles n'avaient même plus de semelles! Marie-Agathe était-elle donc atteinte de cette maladie qui vous tire du lit malgré vous et vous fait marcher au bord des précipices, à l'arête des toits? Et l'on doit se garder d'intervenir, un simple contact, un mot, pouvant provoquer la mort de l'inconscient équilibriste!


Dame Juliette. en larmes, voulut se précipiter auprès des infortunés parents.

Le regard de Marie-Agathe, entre ses paupières, l'immobilisa. Puis, cette supplication, une supplication qui était à peine un souffle :

- Ne... dis... ne dis... rien!
- Ma colombe! s'écria la quinquagénaire. Que s'est-il passé?

Mais la fillette, visiblement exténuée, ne put qu'esquisser un mouvement de tête avant de tourner vers le mur son joli visage.

Julitte, qui n'avait jamais su lui résister, cacha les petits souliers détériorés et les remplaça par une paire toute neuve, qui était encore neuve lorsque Marie-Agathe se déchaussa le soir.

Au matin suivant, les beaux petits souliers n'avaient plus de semelles. Prudemment, dame Julitte découvrit les pieds de Marie-Agathe. Ces pauvres petits pieds - il y a deux jours si gracieux! - apparurent eux aussi meurtris, déchirés. La lourde larme que ne retint pas la bonne gouvernante, en tombant sur la cheville enflée arracha une plainte à la dormeuse qui s'éveilla et, ramenant les draps avec une surprenante colère :

- Je t'ai dit que cela n'était pas ton affaire!

Comme elle avait changé!

Rabrouée et douloureuse, Julitte, comme la veille, emporta les petits souliers mis à mal pour les remplacer par une nouvelle paire toute neuve.

Et le matin suivant, au pied du lit où reposait Marie-Agathe exténuée, faisaient tache deux petits tas de cuir.

Il n'était plus possible de tromper la vigilance des infortunés parents. De jour en jour, la fatigue creusait les traits de la fillette et elle avait perdu sa démarche légère, paraissant souffrir à chaque pas.

Mais les plus pressantes et les plus tendres questions ne parvenaient pas à rompre son mutisme. Quel terrible secret lui fermait la bouche?

Et comment pouvait-elle quitter le château la nuit, à l'insu des siens et de la garde en faction?

Tout fut tenté pour la surprendre. Curieusement, elle s'y prêta volontiers jusqu'à admettre que s'organisât, dans sa chambre même, autour de sa couche, du soir au matin, une véritable veillée d'armes!

Mais le matin venu, les veilleurs les plus intrépides dormaient et, au pied du lit, semblant se moquer d'eux, les petits souliers informes.

Le comte recourut aux grands moyens : il fit savoir par voie de héraut qu'il donnerait sa fille à qui résoudrait l'énigme de ses sorties nocturnes.

Ce fut une belle ruée! On y voyait de grands seigneurs, on y voyait le fils du meunier, on y voyait un tailleur de pierre, un vendeur d'orviétan, un montreur d'ours, de riches prêteurs et de pauvres journaliers.

Tous durent y renoncer, et ce fut avec un amer pessimisme que le comte reçut la candidature du jeune marquis Hubert de Dié de la Flèche. Mais le jeune marquis, frais revenu de la guerre, semblait avoir plus d'un tour dans son sac. Outre une raison toute personnelle de vouloir l'emporter.

- Je réussirai, Monsieur, dit-il au comte qui hochait tristement la tête. Je réussirai, car mon coeur est pur et j'aime Mademoiselle votre fille plus qu'aucun autre ne s'en peut vanter.

Minutieusement, il se fit expliquer tout ce qu'il était possible d'expliquer, et le comte énuméra les précautions prises.

La garde doublée aux créneaux, dans la grande salle du bas, aux commandes du pont-levis, le guet aux portes de la jeune fille et dans sa chambre même.

Ainsi renseigné, le jeune marquis appela son valet fidèle, Renaud, qui l'avait accompagné, et il lui confia un message. Aussitôt, le valet fidèle partit au grand galop sur le plus rapide alezan des écuries du comte. La nuit commençait à embrumer la campagne quand il revint et remit à son jeune maître un mystérieux sachet.

A quoi bon vous le cacher? Renaud s'était rendu auprès d'une gracieuse dryade à qui son maître avait sauvé la vie en interdisant que fût abattu le hêtre superbe qui la retenait dans ses branches. Comme toute fée, les dryades peuvent être rancunières, mais reconnaissantes elles le sont toujours. « Souviens-toi de moi qui ne t'oublierai pas, avait dit la dryade à Hubert. S'il m'était donné de t'aider à mon tour... »

Au château, la veillée réunissait, ce soir-là, autour de la couche de MarieAgathe, sa mère, deux servantes et dame Juliette. Du côté des hommes : le comte, trois soldats, armés jusqu'aux dents, un jeune piqueur, d'une vivacité de singe, et donc, le chevalier.

Minuit! A l'éclat mouvant des lampes, on distingue, sous ses couvertures de soie, la forme immobile de Marie-Agathe. Chez les veilleurs aussi, la vie paraît suspendue. D'abord, il y avait eu un toussottement réprimé... un froissement d'étoffe... le choc d'une arme dont le bruit s'élargissait dans le silence réprobateur, comme, dans l'eau, les cercles que trace la chute d'un caillou. Ces notes diverses se confondirent en une orchestration sonore. Les veilleurs ne veillaient plus. Ils s'étaient endormis. Pas tous, notre chevalier gardait les yeux bien ouverts. Il portait sur sa poitrine le mystérieux sachet rapporté par Renaud.

Mais il ne tarda pas à comprendre qu'il devait feindre d'avoir, comme les autres, sombré dans le sommeil. Car Marie-Agathe, soulevée sur un coude, examinait sa garde vaincue. Rassurée, elle rejeta ses couvertures de soie et apparut tout habillée. Pauvre dame Juliette! Elle n'en croirait pas ses yeux!

La jeune fille, avec un soupir triste, mit ses chaussures neuves, brillantes comme des souliers de bal. Ensuite, elle s'assit devant son miroir, arrangea ses cheveux en une haute coque entourée d'un léger diadème de diamants et de saphirs. Les gestes las, de plus en plus las, elle se drapa, s'ennuagea plutôt d'un voile lumineux et bleuté comme les pierres de sa coiffure.

Des coups légers résonnèrent qu'elle ne parut pas entendre et Hubert craignit un instant que ce fût le bruit de son coeur qui cognait, cognait.

Les coups devinrent plus forts.

Avec un autre soupir triste, Marie-Agathe déplaça la table qui occupait le centre de la pièce sur un étroit tapis, qu'elle retira. Puis sa fine main trop diaphane fit glisser l'une des lames du parquet. Une trappe s'ouvrit livrant passage à trois ravissantes créatures. Hubert comprit qu'elles étaient fées. De vaporeuses mousselines tendrement colorées frémissaient et s'irisaient à chacun de leurs mouvements.

- Tu as bien tardé à ouvrir! fit l'une. On voit que ton temps n'est pas compté!
- J'aurais tellement voulu... ce soir... ne pas vous accompagner!
- Nous nous en doutions! ricana une autre.
- Le beau soldat est revenu de guerre! chantonna la troisième.
- N'ai-je pas le droit d'aimer et d'être aimée?

Le métier des armes est une haute école de maîtrise de soi. Hubert eut la force de se contenir.

Et le vaporeux quatuor disparut. La trappe se referma... pour s'ouvrir de nouveau une ou deux minutes plus tard sous les doigts du chevalier. Une échelle y était accrochée.

Il arriva au dernier barreau, plongeant dans une obscurité épaisse, mais il distingua sur sa droite une lueur blafarde au fond du couloir dans lequel il s'engagea et qui, tout suintant, devait s'enfoncer sous les douves du château.


À chaque pas, il manquait glisser et il se sentait frôler par il ne savait quoi de vivant qu'il dérangeait. Des rats? D'autres bêtes de ténèbres? Était-il possible que Marie-Agathe eût suivi ce chemin? Il aurait dû se jeter plus vite a sa suite et la retenir. Tout à coup, à la blafarde lueur succédait une atmosphère de crépuscule, violet et lourd comme un deuil, et où s'élevaient des arbres de métal. Sous le vent incessant, leurs feuilles tintaient d'un tintement grêle qui faisait mal. Mais de tout cela, le chevalier eut à peine conscience, sous le choc d'une vision combien plus incroyable : dans l'espace circulaire formé par les arbres sans vie, Marie-Agathe et les visiteuses de la nuit dansaient, dansaient en silence. Elles dansaient et leurs cavaliers, cornus, avec des pieds de chèvre, se les passaient tour à tour. C'était plus qu'il n'en pouvait supporter. Fonçant dans la mêlée, il en arracha Marie-Agathe, Marie-Agathe qui s'écriait, d'un air de douce extase :

- Enfin! Vous êtes venu! Demain, il eût été trop tard.

Tandis que, tout soudain, s'effaçaient l'enclos maléfique, ses démons et ses fées, pour laisser place à une pénombre sans mystère.

Ce fut presque avec aisance que le hardi chevalier, portant son cher fardeau, refit en sens inverse le parcours de tout à l'heure.

Marie-Agathe avait été victime de trois méchantes fées, jalouses de sa beauté! Elles étaient belles, elles aussi, seulement elles ne l'étaient plus que de minuit à l'aube, où elles redevenaient laides à faire peur. Telle avait été la sentence du Grand Tribunal des Fées pour les punir d'avoir mésusé de leurs grâces naturelles. Et, de ces quelques heures de beauté, elles ne pouvaient profiter que sous terre. Elles qui avaient tant aimé la danse, sur les grandes pierres plates des prairies, par les fluides soirs de lune, entre les bras de quelque beau sylphe, étaient condamnées à n'avoir pour partenaires que ces diables hideux. Elles crurent supporter mieux leur triste sort en se donnant une compagne d'infortune et choisirent Marie-Agathe. Pour obtenir qu'elles les suivît et n'en dît rien, elles la menacèrent de se venger sur ses parents. Par amour filial, la jeune fille obtempéra et garda son affreux secret. Chaque nuit, elle devait répondre à l'appel des fées mauvaises et danser, danser, jusqu'à l'usure de ses semelles, emportée par les faunes. Seul un homme assez habile pour en percer le mystère, et assez courageux pour en braver le danger, pouvait mettre fin à son supplice. A condition, encore, qu'il ne se fît pas trop attendre. Passé le délai fixé par ses ennemis, Marie-Agathe ne pourrait plus être sauvée. Or, ce délai expirait le soir même où l'amoureux chevalier interrompit le bal d'enfer.
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MessageSujet: Re: contes et légende de France   Sam 28 Oct - 21:32

Berthe au grand pied

Le conte ( Franc - France )

Lorsque Pépin le Bref décida de se marier, ses conseillers partirent en quête d'une fiancée de bonne noblesse dans divers pays. Mais le roi ne parvenait pas à faire son choix. Jusqu'à ce qu'un trouvère qui avait parcouru une bonne partie du monde vînt lui chanter la beauté de Berthe, fille du roi de Hongrie, aussi intelligente que fine et sage. Elle n'avait qu'un seul défaut : l'un de ses pieds était trop grand.

«Les pieds restent cachés sous les jupes», se dit le roi. «Qu'on amène donc Berthe à Paris! »

Conte de Berthe au grand pied
Pépin fit alors charger trente chevaux d'or et d'argent, équipa une douzaine de chevaliers le plus richement du monde, et la troupe prit le chemin de la Hongrie. La belle Berthe n'était pas joyeuse après avoir donné son consentement, quand il lui fallut quitter son pays natal et sa famille. Mais ses parents lui dirent pour la réconforter.

«C'est dans la douce France que tu t'en vas, ma chérie! Où trouverais-tu plus beau pays au monde? Nous ne t'oublierons pas, sois-en sûre! »

Et Berthe s'en alla donc vers la France. En route, son cortège fit une halte chez le duc de Mayence, qui s'étonna fort en voyant la princesse Berthe. Ce duc avait une fille, Alista, qui ressemblait à Berthe comme une soeur. Sauf les pieds, qu'elle avait justement très petits, comme des pieds de fillette. Il ne fut donc pas étonnant que les deux demoiselles se prissent vite d'amitié l'une pour l'autre. Berthe était si enchantée de sa nouvelle amie qu'elle proposa d'en faire sa suivante, et de l'emmener avec elle en France.

Lorsque tout le monde arriva à Paris, la princesse hongroise était si lasse de son long voyage qu'elle fit cette proposition à sa nouvelle amie

«Chère Alista, je t'en prie, remplace-moi ce soir. Que l'on te présente au roi à ma place. Cela ne durera pas longtemps, et de toute façon les gens n'y verront rien. Nous nous ressemblons tellement! »

Alista accepta très volontiers : elle se revêtit de l'une des plus belles robes de la princesse hongroise et se rendit à la salle de réception pour la cérémonie de la présentation. Seulement, cela lui plut très fort de se trouver ainsi auprès du roi! Alors elle décida de remplacer sa maîtresse pour toujours.

Alista paya - très cher - deux serviteurs, qui enlevèrent Berthe et l'emmenèrent en secret dans la forêt la plus profonde. Là, ils avaient ordre de la tuer. Mais ils n'en eurent pas le coeur, ils hésitèrent devant tant de beauté. Ils l'abandonnèrent donc à son sort, et s'en retournèrent à Paris. La pauvre Berthe erra longtemps dans la forêt obscure, elle se déchirait les jambes dans les fourrés épineux, dormait à même le sol nu et se nourrissait de fraises et de framboises. Jusqu'à ce qu'un jour, elle débouchât en une prairie où elle vit une petite chaumière. C'était là que vivait le charbonnier Simon, avec sa femme et ses deux filles. Berthe vécut neuf ans et demi dans la cabane du charbonnier, et jamais elle ne trahit sa véritable identité.

La reine de Hongrie Blanchefleur n'oubliait pas sa fille. Dès qu'elle en avait l'occasion, elle envoyait des messages en terre de France, et était fortement inquiète de ne recevoir de sa fille que de très brèves informations. On peut comprendre qu'Alista n'adressait à la cour de Hongrie que des mots très prudents. Aussi, quand la reine de Hongrie invita sa fille à venir la voir en son pays, Alista lui répondit qu'elle ne pouvait faire le voyage, étant malade. Cela décida la reine de Hongrie

«Je vais aller voir Berthe en France! »

Ce fut en vain que le roi son époux tenta de la dissuader d'entreprendre un si long et si pénible voyage.

«Si Berthe a supporté ce voyage, je le supporterai bien aussi, moi!»

déclara-t-elle. Et elle se mit en route.

En apprenant cela, Alista eut grand-peur. Elle se mit vite au lit, en se déclarant malade. Ce fut ainsi que la reine de Hongrie trouva celle qu'elle croyait être sa fille, au lit dans une chambre obscure, aux rideaux tirés.

La reine se jeta sur la fausse Berthe dans son lit, et se mit à caresser sa fille comme un bébé. Ce fut alors qu'elle remarqua que celle qui était dans le lit avait bien le même visage que Berthe, mais avait des petits pieds : tous deux semblables.

«Tu n'es pas ma fille!»

s'exclama la reine. Et elle se hâta d'aller raconter au roi cette nouvelle stupéfiante.

Le roi Pépin le Bref se fâcha très fort. Il fit venir Alista devant lui, et elle, tout en pleurs, avoua tout. Ensuite le roi entendit les deux serviteurs qui avaient été chargés de l'horrible besogne, et eux aussi confessèrent tout. Ils menèrent le roi jusqu'à l'endroit de la forêt où ils avaient abandonné la malheureuse princesse hongroise.

Le roi fit rechercher Berthe, et il chercha lui même, dans toutes les directions. Il commençait à se faire à l'idée qu'elle avait dû périr dans la forêt, quand il parvint lui aussi à la chaumière du charbonnier. Là, devant la maisonnette, il vit une très belle jeune femme qui rapportait une cruche d'eau de la fontaine. Et il remarqua aussi queBerthe au grand pied l'un de ses pieds était chaussé d'un très grand sabot.

Pépin l'interpella

«Dites-moi qui vous êtes! Vous devez me suivre, je suis le roi de France!»

Berthe, effrayée, répondit

«Ah, Sire, ne me faites pas de mal! Je suis la reine de France, la fille du roi de Hongrie, l'épouse de Pépin!»

«Et Pépin, c'est moi!»

s'exclama le roi, tout heureux. Et il prit Berthe sur son cheval. Tout se termina très bien. Le roi fut miséricordieux, car Berthe au grand pied et aussi au grand coeur, plaida en faveur de tous. Sauf d'Alista, qui fut honteusement chassée de Paris. Les deux serviteurs reçurent une bonne volée de coups de bâton, mais ensuite le roi les récompensa richement parce qu'ils n'avaient pas tué Berthe, comme ils en avaient reçu l'ordre. Le charbonnier Simon, qui ne parvenait pas à croire qu'il avait hébergé chez lui durant dix ans la reine de France, fut élevé au rang de chevalier, et reçut comme armoiries une fleur d'or sur champ d'azur.
La reine de Hongrie pleurait, puis riait, et se réjouissait fort de n'avoir pas écouté les conseils de son époux, qui ne voulait pas la laisser aller en France. Qui sait comment tout cela aurait fini, si elle ne s'était pas décidée à ce voyage!

«Mais si vous n'aviez pas retrouvé Berthe»,

disait-elle au roi Pépin,

«je vous jure que de mes propres mains je vous aurais raccourci d'une tête!»

Peu de temps après les retrouvailles, on célébra de façon grandiose, pour la deuxième fois, le mariage de Pépin le Bref, mais cette fois avec la véritable Berthe, fille du roi de Hongrie. Et les époux royaux vécurent ensemble de longues années heureuses, et ils régnèrent avec une grande sagesse sur le doux pays de France.

Origine du compte

Berthe au grand pied (vers 1275) est la mise en roman d'une légende concernant la mère de Charlemagne. Le troubadour Adenet le Roi s'inspira de cette histoire pour écrire «Li Roumans de Berte aus grans piés», où l'héroïne, une princesse de Hongrie, se voit substituer une rivale lors de son mariage avec Pépin. La fausse reine ressemble étonnamment à Berthe, les pieds exceptés. La mystification sera découverte par Blanchefleur, mère de Berthe, lors d'une visite à Paris. Pépin retrouvera lors d'une partie de chasse la vraie Berthe qu'il épousera. Elle devint reine de France et mère de Charlemagne.

un peu d 'histoire

Berthe de Laon dite Berthe au grand pied, Sénat et jardin du LuxembourgL'histoire (xx - 783)
Berthe ou Bertrade, dite au grand pied était la fille de Caribert II (Charibert), comte de Laon et de Gisèle d'Aquitaine, Son mariage avec Pépin est daté de 743-744. Reine de France, elle est la mère de l'empreur Charlemagne et de son frère Carloman. Elle mourut le 12 juin 783 à Choisy-au-Bac (près de Compiègne, Oise) et sa dépouille fut inhumée en l’église de l’abbaye royale de Saint-Denis.
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MessageSujet: Re: contes et légende de France   Sam 28 Oct - 21:32

Conte Breton


Peut-être avez vous déjà entendu des bruits sourds, près des ruisseaux, la nuit. Comme des coups de battoir sur le linge. Alors, passez votre chemin bonnes gens, et ne cherchez pas à savoir d'où vient ce bruit : se sont les lavandières de nuit.

Guillo, c'est le bon à rien du village, paresseux du soir au matin. Il ne sait que boire, boire et chanter après avoir bu. Tout le monde le connaît à Tréhorenteuc.
Ce soir là, Guillo a le vent en poupe. Il a passé toute la soirée au café du village et le voilà qui rentre chez lui, sous la pleine lune, en chantant à tue-tête. La nuit est trop douce pour prendre le raccourci par les prés, aussi prend-il la route qui monte vers Trébottu.


Lorsqu'il arrive au petit pont sur le Rauco -le ruisseau qui descend le Val sans Retour- Guillo entend des bruits sourds, des battements, à sa gauche, près du moulin en ruine. Intrigué, il quitte la route et longe le ruisseau pendant un bon moment. Il se heurte sur les souches, il trébuche sur les pierres, et il patauge dans la boue.
C'est là qu'il aperçoit deux femmes, vêtues de blanc, à genoux au bord du ruisseau. Elles lavent un grand drap et le frappent de leur battoir. Guillo, malgré l'ivresse, n'en croit pas ses yeux : est-ce une heure pour laver du linge en pleine forêt ? Peu importe, il fait demi-tour, mais alors qu'il repart, le voilà qui trébuche sur une grosse pierre et tombe dans le ruisseau. Les deux lavandières sursautent et se tournent vers lui.

Mon Dieu, quels visages ! La lumière blafarde de la lune éclaire ces visages sans vie, aux traits durs et profonds ; leurs yeux sont noirs et vides. Guillo, térrifié, bondit hors de l'eau, mais il n'a pas le temps de fuir que l'une des femme lui crie :
_ Approche ! Viens nous aider.
L'homme, comme pétrifié, s'approche des lavandières en titubant. Impossible de fuir, la voix l'attire comme une guêpe sur une tartine de miel. Les femmes lui tendent alors le drap qu'elles ont lavé et qui ruisselle d'eau.
_ Eh bien ! dit l'une d'elles, qu'attends-tu ? Aide nous à tordre ce drap.
Sans réfléchir, embrumé par les vapeurs d'alcool, Guillo saisit l'extrémité du drap. A l'autre bout, les lavandières tordent le linge, mais lui ne bouge pas. Avec peine, il parvient quand même à dire :
_ Mais qui êtes-vous ? Et pourquoi lavez-vous ce drap en pleine nuit ?
_ Nous lavons le linceul d'un homme qui doit mourir cette nuit. Si nous ne le faisons pas, le pauvre n'aura même pas un linceul pour son dernier voyage.
Sur le coup, Guillo prend ça pour une plaisanterie et le voilà qui éclate de rire. Il est maintenant de tellement bonne humeur, qu'il se met à tordre le drap de son côté. Et il tord le drap en le tournant de gauche à droite.
_ Malheur ! s'écria l'une des femmes. Il a tordu le drap dans le sens maléfique !
_ Malheur ! Malheur ! répéta l'autre.

Ces cris résonnent dans les arbres, réveillant tous les animaux de la forêt. Quand Guillo s'est un peu remis de sa frayeur, les lavandières ont disparu. Il s'imagine avoir rêvé, surtout avec tout ce qu'il a bu. Mais c'est alors qu'il sent l'humidité du drap qu'il porte encore sur son bras.
Tout à fait dégrisé, Guillo n'a plus qu'une pensée : courir jusqu'à chez lui, sans se retourner. Mais il n'a pas le temps de faire trois pas qu'il entend un énorme grincement. C'est le grincement des roues d'une charrette qui n'ont pas été graissées depuis des années.
Incapable de faire le moindre geste, Guillo attend, l'oreille tendue. Mais d'où vient cette charrette ? Il n'y a pas de chemin forestier par ici. Cependant l'attelage s'approche, et en plus du grincement des roues, il peut maintenant entendre le claquement de sabots sur le sol, et les branches qui se brisent sur le passage du cheval et de la carriole.

La charrette vient s'arrêter au bord de l'eau. Le cheval se penche pour se désaltérer. C'est alors qu'un personnage vêtu de noir s'approche de Guillo, un fouet à la main :
_ Holà, l'homme ! crie-t-il. Je cherche un nommé Guillo, est-ce que tu l'aurais vu par hasard ?
Guillo ne répond pas. Ses dents claquent, ses mains tremblent, il a l'impression que sa tête va exploser. Le mystérieux personnage tourne autour de lui et dit d'une voix rauque :
_ Mais je ne me trompe pas ! Tu portes ton linceul sur le bras. C'est donc toi Guillo ! Guillo de Tréhoranteuc.

C'est alors que la lune éclaire le visage de cet étrange personnage. Guillo, avec une indicible horreur, voit ce visage et le reconnait : c'est l'Ankou, le Serviteur de la Mort. Alors, ne pouvant supporter cette vision, Guillo tombe à genoux sur le sol.

On raconte qu'à ce moment il y eut un ricannement qui se prolongea dans les arbres et sur la lande. Puis un grand bruit de branches brisées. On raconte que le cheval hennit trois fois et que la charrette s'évanouit dans la nuit. On raconte que personne n'a revu Guillo, Guillo de Tréhoranteuc, depuis cette nuit-là.

D'après les Contes populaires de toutes les Bretagne de J. Markale. Ed. Ouest-France
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