Sibylla Boulle 4 ARTS

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 Contes russes

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MessageSujet: Contes russes   Sam 28 Oct - 21:26

L'oiseau de feu :

Dans un certain pays, dans un certain royaume vivait le tsar Démian avec ses trois fils : Piotr, Vassili et Ivan. Ce tsar possédait un jardin comme on n'en trouverait pas de pareil au monde, plein de fleurs rares et d'arbres précieux. Le plus précieux de tous était un pommier qui donnait des pommes d'or. Le tsar prenait grand soin de ce pommier, en comptait les pommes chaque soir, les recomptait chaque matin. Et il s'aperçut que la nuit quelqu'un saccageait son jardin : le soir une belle pomme sur la branche mûrit, et au matin, ni vu ni connu, elle a disparu ! Les gardiens n'y pouvaient rien et le tsar en perdait le boire et le manger, la paix et le sommeil. Un jour, il appela ses fils :
- Ça ne peut plus durer ! A celui de vous qui découvrira et prendra notre voleur je laisserai la moitié du royaume de mon vivant et, à ma mort, il l'aura tout entier. Les fils ont juré d'attraper le voleur et c'est Piotr-tsarévitch qui le premier monta-lagarde. Il fit le tour du jardin, se coucha sur le gazon, tomba dans un sommeil profond. Quand il se réveilla, plusieurs pommes d'or manquaient.
Dès son réveil, le tsar appela Piotr:
- M'apportes-tu une bonne nouvelle, fils ? As-tu vu le voleur ?
- Non, père ! Et pourtant, j'ai veillé toute la nuit, fouillé les taillis. Je me demande où ces pommes sont passées !
La nuit suivante, ce fut le tour de Vassili. Il regarda sous les buissons, s'assit sur le gazon, tomba dans un sommeil profond. Au matin, d'autres pommes d'or manquaient.
- Alors, fils, as-tu vu le voleur ? - lui demanda le tsar.
- Non, père ! J'ai guetté de mon mieux, n'ai pas fermé les yeux, n'ai vu personne. Je n'y comprends rien !
La nuit d'après, Ivan-tsarévitch prit la garde. De peur de s'endormir, il marchait sans arrêt; si le sommeil venait, si la fatigue le prenait, il se débarbouillait avec la rosée, reprenait sa veillée. Sur les minuit, il aperçut une grande lueur qui s'approchait du jardin et, bientôt, on y vit clair comme en plein jour : l'oiseau de Feu, perché sur le pommier, picorait les pommes d'or. Ivan-tsarévitch se glissa en catimini, saisit l'oiseau par la queue. Mais l'oiseau de Feu se débattit si bien qu'il s'échappa, ne laissant qu'une plume dans la main du tsarévitch.


Au matin; Ivan-tsarévitch raconta à son père quel voleur saccageait leur jardin et lui montra la plume de l'oiseau de Feu. Le tsar se réjouit, retrouva sommeil et appétit, d'autant plus que l'oiseau ne revint plus voler ses pommes d'or. Mais à regarder la plume, l'oiseau de Feu tout entier lui faisait envie, le tsar y pensait jour et nuit. Et il finit par appeler ses fils :
- Pourquoi n'iriez-vous pas courir le monde, chercher cet oiseau de Feu ? Autrement, un de ces jours, il reviendra voler nos pommes !
Les deux aînés ont obéi. Ils ont sellé leurs coursiers rapides, revêtu leurs armures solides et sont partis à l'aventure. Mais, vu son jeune âge, le tsar garda près de lui Ivan-tsarévitch. Celui-ci en fut tellement marri, il supplia tant son père que le tsar finit par le laisser partir à son tour.
Un conte est vite dit, les choses se font plus lentement. Ivan-tsarévitch chevaucha longtemps et arriva à une croisée de chemins. Là, sur une borne de pierre, il était écrit : «Celui qui ira tout droit, aura froid et faim; celui qui prendra à droite, restera sain et sauf, mais perdra son cheval; et celui qui ira à gauche sera tué, mais son cheval vivra.» Réflexion faite, Ivan-tsarévitch prit le chemin de droite pour ne point perdre la vie. Il chemina ainsi trois jours durant et parvint à une grande et sombre forêt. Soudain, un loup gris bondit à sa rencontre. Le tsarévitch n'eut même pas le temps de dégainer son glaive, que le loup égorgeait son cheval et disparaissait dans les fourrés. Que faire sans cheval? Ivan-tsarévitch poursuivit sa route à pied, mais au bout de trois jours il n'en pouvait plus de faim et de fatigue. Accablé, il s'était laissé tomber sur une souche quand un grand loup gris sortit des bois :
- Te voilà bien triste, Ivan-tsarévitch, - dit le loup.- Pourquoi as-tu les mains lasses, la tête basse, l'échiné courbée ?
- Comment ne pas me désoler ? Que ferai-je sans mon cheval ?
- C'est toi qui as choisi ce chemin, de quoi te plains-tu? Mais j'ai pitié de toi. Dis-moi où tu vas, ce que tu cherches ?
- Le tsar Démian, mon père, m'a envoyé chercher l'oiseau de Feu qui volait les pommes d'or de son jardin.
- Mais sur ton cheval tu n'y serais jamais arrivé ! Moi seul je sais où niche l'oiseau de Feu, moi seul peux t'aider à le dénicher. Et en échange de ta monture, je vais te servir fidèlement, en toute droiture ! Monte sur mon dos et agrippe-toi bien. Ivan-tsarévitch obéit et le loup gris fila comme le vent. Le loup court, d'un bond passe les monts, d'une foulée franchit les vallées, des pattes devorent l'espace, de la queue efface la trace. Le tsarévitch n'a qu'à se cramponner !

Devant un grand mur blanc le loup s'arrêta et dit :
- Escalade ce mur. Derrière il y a un jardin, dans ce jardin une cage d'or, dans la cage l'oiseau de Feu. La garde dort. Prends l'oiseau mais ne touche pas à la cage, sinon un malheur t'arrivera !
Ivan-tsarévitch se glissa dans le jardin et vat l'oiseau de Feu dans sa cage. Il print l'oiseau et allait partir quand il se dit : «Comment emporter l'oiseau sans cage ? Je ne peux pas le mettre dans ma poche, quand même ! Et puis la cage est belle, toute ornée de pierreries...» II oublia ce que le loup avait dit et saisit la cage. Aussitôt ce ne fut que carillons et sonneries: de la cage d'or des fils secrets partaient, avec grelots et clochettes, crécelles et claquettes. Les gardiens se sont réveillés, d'Ivan-tsarévitch se sont emparés, devant leur tsar Afrone l'ont amené.
- Qui es-tu ? cria le tsar très en colère. De quelle terre native, de quel père le fils ?
- Je m'appelle Ivan-tsarévitch et le tsar Démian est mon père. Ton oiseau de Feu s'est fait coutume de venir grappiller nos pommes d'or. Alors mon père m'a envoyé le chercher, l'attraper.
Le tsar Afrone hocha la tête avec reproche :
- Ah, Ivan-tsarévitch ! Tu serais venu me trouver honnêtement que je te l'aurais donné, mon oiseau de Feu, ou bien je l'aurais échangé contre autre chose. Alors que maintenant le monde entier va savoir qu'Ivan-tsarévitch n'est qu'un voleur!... Enfin, passe pour cette fois. Écoute, si tu me rends service, je te pardonnerai et te donnerai même l'oiseau de Feu. Mais avant, tu vas aller par-delà vingt-neuf terres, dans le trentième royaume, chez le tsar Koussman et me ramener son cheval à la crinière d'or. Ivan-tsarévitch, tout penaud, alla retrouver le loup gris et lui dit ses malheurs. Le loup n'était pas content !
- Pourquoi ne m'as-tu pas écouté, tsarévitch ? Pourquoi as-tu pris la cage ? Je t'avais pourtant dit de ne pas y toucher.
- Pardonne-moi, s'il te plaît ! Je suis en faute, c'est vrai.
- Bon, bon, n'en parlons plus ! Monte sur mon dos et cramponne-toi bien. On va aller chez le tsar Koussman.
Ivan-tsarévitch monta sur le dos du loup qui partit comme le vent.
Le loup gris court, d'un bond passe les monts, d'une foulée franchit les vallées, des pattes devorent l'espace, de la queue efface la trace. En peu de temps ils arrivèrent chez le tsar Koussman, devant ses écuries de pierre blanche. Le loup dit au tsarévitch :
- Les gardiens sont endormis. Va chercher le cheval à la crinière d'or mais ne touche pas à sa bride, sinon un autre malheur t'arrivera !
Ivan-tsarévitch se glissa dans l'écurie, prit le cheval par sa crinière d'or et allait partir quand il vit une bride d'or pendue au mur et se dit : «Comment mener un cheval sans bride ? Et celle-là est si belle !...» Mais dès qu'il la toucha, ce ne fut que carillons et sonnailles. La garde se réveilla, d'Ivan-tsarévitch s'empara, devant le tsar Koussman l'amena. Le tsar cria, très en colère :
- Qui es-tu? De quelle terre native, de quel père le fils ? Et comment oses-tu toucher à mon cheval ?
Le tsar Démian est mon père, Ivan-tsarévitch est mon nom.
- Ah, Ivan-tsarévitch ! Il fallait venir me trouver honnêtement, par respect pour ton père je t'aurais donné mon cheval. Et maintenant toute la terre saura que le tsarévitch n'est qu'un voleur de chevaux, ce sera du joli... ! Enfin, je veux bien te pardonner et, même te faire cadeau du cheval à la crinière d'or. Mais va d'abord à vingt-neuf terres d'ici, dans le trentième royaume et ramène-moi la fille du tsar Dalmat, la princesse Hélène-la Belle !
Ivan-tsarévitch, pleurant de honte, alla raconter au loup ses malheurs. Le loup lui fit d'amers reproches :
- Pourquoi ne m'as-tu pas écouté ? Pourquoi as-tu touché à la bride ? Je me donne du mal pour te servir et tu ne fais que tout gâcher !
- Pardonne-moi, je t'en prie ! J'ai encore fauté, c'est vrai.
- Bon, bon ! Quand le vin est tiré il faut le boire. Monte sur mon dos, on s'en va chercher la princesse Hélène-la Belle.
Et le loup gris partit comme le vent. D'un bond il passe les monts, d'une foulée franchit les vallées, des pattes devorent l'espace, de la queue efface la trace. En peu de temps ils arrivèrent chez le tsar Dalmat, devant un grand jardin aux grilles d'or. Le loup dit :
- Cette fois, tsarévitch, je vais moi-même chercher la princesse ! Toi, tu vas m'attendre dans ce bois, sous le chêne vert.
Le loup gris sauta par-dessus les grilles d'or et se tapit dans les buissons. Vers le soir, Hélène-la Belle sortit se promener avec ses nourrices-suivantes, ses fidèles servantes. Comme elle se penchait pour cueillir une fleur, le loup bondit, la jeta sur son dos et s'enfuit. Sous le chêne vert il retrouva le tsarévitch :
- Monte vite, cria le loup, on va nous poursuivre !
Ivan-tsarévitch monta sur le dos du loup, prit la princesse dans ses bras et le loup gris fila comme le vent. Chez le tsar Dalmat, pendant ce temps, les nourrices-suivantes, fidèles servantes, criaient et piaillaient si bien que personne ne comprenait rien. Quand on démêla l'affaire, quand on organisa la poursuite, le loup gris était déjà loin !
De peur, Hélène-la-Belle s'était évanouie. En reprenant connaissance, elle vit qu'un jeune et beau prince la tenait dans ses bras. Et à ce premier regard, à ce premier coup d'oeil ils s'aimèrent. Si bien qu'en approchant du royaume du tsar Koussman Ivan-tsarévitch pleurait à chaudes larmes. Le loup lui demanda :
- Pourquoi pleures-tu, tsarévitch? Quel chagrin est le tien?
- Ah, loup gris ! J'aime Hélène-la Belle de tout mon cœur. Comment la donnerais-je au tsar Koussman ?
Le loup gris les regarda, en eut pitié. Et il dit :
- Puisque j'ai promis de te servir fidèlement, je tiendrai parole. Je vais me transformer en Hélène-la Belle et tu me remettras au tsar Koussman. La princesse t'attendra dans ce bois et dès que tu auras le cheval à la crinière d'or tu viendras la prendre. Partez tous deux, je vous rattraperai un peu plus tard.
Le loup gris frappa le sol, se changea en Hélène-la Belle et Ivan-tsarévitch le mena chez le tsar Koussman. Celui-ci, tout heureux, remit au tsarévitch le cheval avec sa bride par-dessus le marché et remercia encore pour le service rendu ! Ivan-tsarévitch s'en alla en hâte rejoindre la vraie princesse et ils se mirent en route.
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MessageSujet: Re: Contes russes   Sam 28 Oct - 21:27

Pendant ce temps, le tsar Koussman célébrait ses noces. Sur les tables de chêne, sur des nappes blanches on servait des mets fins, de vieux hydromels et vins. Les invités criaient : «Vive la mariée !» Le tsar voulut embrasser sa jeune épouse, mais au lieu de ses douces lèvres rencontra le rude poil d'un loup ! Le tsar hurla, l'assistance s'affola. Profitant du tumulte, le loup gris sauta par la fenêtre - et autant chercher le vent dans les champs !
Le loup rattrapa vite Ivan-tsarévitch et lui dit :
- Monte sur mon dos, laisse le cheval à la princesse ! En arrivant au royaume du tsar Afrone, le loup demanda :
- Tu as l'air bien triste, Ivan-tsarévitch ? Qu'as-tu donc ?
- Je songe au cheval à la crinière d'or et j'ai gros cœur de l'échanger contre l'oiseau de Feu. Mais si je ne lui donne pas le cheval, le tsar va me déshonorer à la ronde !
- Allons, ne te chagrine pas ! Je vais encore t'aider. Je me changerai en cheval à la crinière d'or, c'est moi que tu remettras au tsar Afrone. Et la princesse avec le vrai cheval t'attendra dans ce bois.
Le loup frappa le sol, se changea en cheval à la crinière d'or et Ivan-tsarévitch le mena chez le tsar Afrone. En les voyant, le tsar se réjouit, au-devant du tsarévitch sortit, dans son palais le conduisit. Il lui donna l'oiseau de Feu et sa cage par-dessus le marché, l'invita même à rester quelque temps, mais Ivan-tsarévitch avait hâte de rejoindre Hélène-la Belle. Il la retrouva dans le bois et, montés tous deux sur le cheval à la crinière d'or, tenant la cage avec l'oiseau de Feu, ils se mirent en chemin.
Pendant ce temps, le tsar Afrone voulut essayer son cheval et s'en fut à la chasse avec ses chasseurs, ses piqueurs, ses rabatteurs. Par les bois ils passèrent, un renard dans son gîte forcèrent, sur ses traces s'élancèrent. Le cheval à la crinière d'or galopa vite, distança toute la suite. Alors le cheval buta, le tsar chuta, plongea dans la boue, la tête la première. Et au lieu du cheval à la crinière d'or, c'est un loup gris qui se sauva à toutes jambes ! Le temps de relever le tsar, de le nettoyer, le loup avait disparu. Il rejoignit Ivan-tsarévitch et le prit sur son dos. En arrivant au lieu de leur première rencontre, le loup gris dit :
- C'est ici que j'ai égorgé ton cheval, Ivan-tsarévitch, c'est ici que je vais te quitter. Je ne suis plus ton serviteur !
Ivan-tsarévitch par trois fois salua le loup gris jusqu'à terre, par trois fois le remercia et lui dit adieu. Mais le loup répondit :
- Ne me dis pas adieu, tsarévitch, dis-moi à bientôt ! Dans peu de temps d'ici tu , auras encore besoin de moi.
A part soi, Ivan-tsarévitch pensait : «Quel besoin aurai-je du loup gris ? J'ai tout ce que je désire !...» II monta avec la princesse sur le cheval à la crinière d'or et tenant la cage de l'oiseau de Feu se mit en route vers le royaume de son père.
Un conte se dit vite, le chemin se fait lentement. Peu avant d'arriver chez le tsar Démian, il fallut s'arrêter pour prendre du repos. Ivan-tsarévitch et Hélène-la Belle à l'orée du bois s'installaient, sur l'herbe s'allongeaient, bien vite s'endormaient. C'est alors que les deux frères aînés du tsarévitch vinrent à passer par là. Piotr-tsarévitch et Vassili-tsarévitch s'en retournaient chez leur père les mains vides, le cœur déçu. En voyant Ivan-tsarévitch entre une belle princesse, un cheval à crinière d'or et la cage d'or avec l'oiseau de Feu dedans, la rage-jalousie les prit :
- Notre frère nous avait déjà humiliés en rapportant une plume de l'oiseau de Feu, et voilà qu'il ramène l'oiseau tout entier, vivant ! Et il a encore d'autres merveilles avec lui... De quoi aurons-nous l'air, nous, ses aînés ? Il faut lui apprendre ce qu'il en coûte de toujours se mettre en avant !
Et les voilà qui tirent leurs glaives, qui coupent la tête d'Ivan-tsarévitch endormi. Hélène-la Belle se réveille, voit son bien-aimé décapité, se met à crier, à sangloter. Mais Piotr-tsarévitch appuya la pointe du glaive sur son cœur : Tu es entre nos mains, lui dit-il. Nous allons te ramener chez le tsar notre père et tu diras que c'est nous qui t'avons conquise. Toi, et le cheval à la crinière d'or, et l'oiseau de Feu. Fais serment de parler ainsi, sinon je te tue ! Hélène-la Belle avait peur de mourir, elle jura tout ce que les autres voulaient. Alors les deux frères tirèrent au sort pour savoir qui l'aurait. C'est à Piotr-tsarévitch qu'elle échut et Vassili-tsarévitch eut le cheval à la crinière d'or pour sa part. Et emportant l'oiseau de Feu, tous trois prirent le chemin du palais du tsar Démian.
Ivan-tsarévitch gisait mort dans la plaine et, déjà, les corbeaux tournaient autour de lui. C'est alors que le loup gris sortit des bois et, tapi dans l'herbe, guetta les corbeaux. Quand un corbeau avec ses petits corbillats se posa sur le corps du tsarévitch, le loup bondit et saisit un corbillat. Le père corbeau le supplia de lâcher son petit. Le loup répondit :
- Ton corbillat, je le laisserai partir. Mais, avant, il faut que tu voles par delà vingt-neuf pays, dans le trentième royaume et que tu m'en rapportes une fiole d'eau vive et une fiole d'eau morte. Jusqu'à ton retour, ton petit restera avec moi.
Le corbeau partit à tire-d'aile. On ne sait au bout de combien de jours, on ignore au bout de combien de temps il revint avec les deux fioles pleines. Le loup prit alors le corbillat et le déchira en deux. Puis il rassembla les deux moitiés et les aspergea d'eau morte - le corps de l'oiseau se ressouda. Le loup l'aspergea d'eau vive - le corbillat s'ébroua et s'envola. Le loup gris remit la tête d'Ivan-tsarévitch sur ses épaules et l'aspergea d'eau morte. Le corps se ressouda aussitôt. Il l'aspergea d'eau vive et Ivan-tsarévitch bâilla, s'étira et dit:
- Oh, que j'ai dormi longtemps !
- Tu dis vrai, Ivan-tsarévitch ! Et sans moi tu dormirais encore. Sache que tes frères t'ont tué pour s'emparer d'Hélène-la Belle, du cheval à la crinière d'or, de l'oiseau de Feu. Monte vite sur mon dos, je vais te mener chez ton père. Parce que, aujourd'hui même, ton frère Piotr-tsarévitch doit se marier avec Hélène-la Belle !
Ivan-tsarévitch monta sur son dos et le loup gris l'emporta comme le vent jusqu'aux portes de la capitale du tsar Démian. Arrivés là, le loup gris dit :
- A présent, Ivan-tsarévitch, disons-nous adieu à tout jamais. Va vite, dépêche-toi de rentrer à la maison !
Et le loup gris disparut. Ivan-tsarévitch rentra dans la ville. Il vit les maisons de feuillages ornées, les rues où les oriflammes flottaient, les gens en habits de fête, toute la cité en liesse. Comme il demandait le pourquoi de ces réjouissances, on lui répondit :
- Aujourd'hui le fils aîné du tsar épouse la princesse Hélène-la Belle ! Ivan-tsarévitch pressa le pas. Aux abords du palais, un garde le reconnut et courut en hâte annoncer l'heureuse nouvelle au tsar son père. Mais le tsarévitch fut plus rapide que le garde. Le premier dans la salle il entra, à ses frères félons se montra. En le voyant, Piotr-tsarévitch fut pétrifié de stupeur, Vassili-tsarévitch manqua mourir de peur. Et pendant ce temps, Hélène-la Belle de table se levait, vers Ivan-tsarévitch venait, par la le prenait, devant le tsar Démian l'amenait :
- Voici celui qui m'a conquise, voici mon seul véritable promis-fiancé !
En apprenant la vérité, le tsar Démian entra dans une grande colère et chassa ses deux fils aînés hors de sa vue. On célébra en grande pompe le mariage d'Ivan-tsarévitch et d'Hélène-la Belle et ils vécurent tous sans tracas ni peines, gardant cœur en joie et maison pleine.
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MessageSujet: Re: Contes russes   Sam 28 Oct - 21:27

La fée des bois :

Il était une fois, une jeune fille qui vivait seule avec sa mère dans une pauvre ferme. Elles n'avaient que deux chèvres et chaque matin, la fillette les emmenait dans une clairière des bois pour qu’elles y broutent. Pour toute nourriture, la fillette n'avait qu'un morceau de pain et pendant que ses bêtes paissaient, elle devait filer le lin pour ne pas perdre de temps à rêver. La vie était bien difficile mais la petite Maria était une enfant heureuse qui chantait et dansait sur le chemin. Elle chantait toute la journée en travaillant et rapportait le soir à sa mère un fuseau rempli de fil de lin.
Un jour, alors qu’elle était à filer et chanter une femme magnifique sortit de la forêt :
- Aimes-tu danser Maria ? lui demanda-t-elle.
- Je pourrais danser tout au long du jour !
- Viens donc avec moi et je t’apprendrai...
Les oiseaux de la forêt se mirent alors à chanter sur les accords que soufflait le vent dans les branches... Elles dansèrent, dansèrent, dansèrent ; mais quand le soleil se coucha Maria réalisa que son fuseau n’était qu’à moitié rempli...
- Es-tu malade, lui demanda sa mère ?
- Je te promets de remplir le fuseau demain...
Le lendemain, sur le chemin, elle ne dansait ni ne chantait plus.
- Aujourd’hui il n’est pas question que j’accompagne cette drôle de femme, s’était-elle promis !
Elle fila toute la matinée, mais lorsque le soleil darda sur elle ses rayons au zénith, la dame apparu pour l’inviter à nouveau :
- Je ne peux pas, répondit la fillette, j’ai beaucoup de travail.
- Ne t’inquiète donc pas pour ça...
Et elles dansèrent, dansèrent, dansèrent...
A la tombée du jour Maria s’effondra en larmes voyant que son fuseau n’était pas plus avancé que la veille.
Alors la femme murmura quelques paroles et en un clignement d’œil tout fut comme si Maria avait travaillé durant la journée toute entière.
- Tisse mais jamais ne jure, lui dit-elle en tendant le fuseau. N’oublie pas, tisse mais jamais ne jure...
Le lendemain la petite chantait et dansait à nouveau tout en cheminant avec ses deux chèvres vers la clairière. A midi la femme vint et les oiseaux chantèrent, le vent souffla les accords...
Et elles dansèrent, dansèrent, dansèrent...
Le soir, Maria reçut un petit coffret de bois.
- Ne regarde pas ce qui est à l’intérieur avant d’être rentrée chez toi...
Mais bien sûr, en cours de route Maria ouvrit la boite et la trouva pleine de glands de chênes. De dépit, elle en jeta une poignée sur le sol et rentra chez elle.
Sa mère l’attendait sur le pas de la porte :
- Où as tu trouvé le fuseau d’hier ? J’ai tissé toute la matinée mais j’avais beau tirer sur le fil, la pelote ne désemplissait pas ! J’ai fini par jurer et voilà que tout à coup le fuseau a disparu... Il y a derrière ceci quelque sorcellerie !
Maria fut donc bien obligée de tout avouer à sa mère. La danse, la femme merveilleuse...
- Tu as rencontré la fée des bois, dit sa mère. Elle vient parfois danser avec les jeunes filles. Par contre, si elle rencontre un homme elle l’entraîne au plus profond de la forêt et on ne le revoit jamais...
Maria lui montra le coffret et lorsqu’elles l’ouvrirent elles constatèrent que les glands restant étaient en or...
- Heureusement que tu n’as pas tout jeté !
Le lendemain, la mère et la fille allèrent à l’endroit où Maria avait jeté les glands. Mais elles ne découvrirent rien d’autre que trois nouveaux splendides chênes qui avaient poussé là pendant la nuit. Ces trois chênes que l’on peut toujours voir non loin de là...
Maria ne rencontra plus jamais la fée des bois. Sa mère acheta une nouvelle ferme et la jeune fille continua à danser et chanter tout au long des jours.
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MessageSujet: Re: Contes russes   Sam 28 Oct - 21:28

Maria Morevna

Dans un pays vivait Ivan-tsarévitch. Avant de mourir, ses parents lui ont bien recommandé de ne pas faire obstacle au mariage de ses trois sœurs : «Accepte les premiers épouseurs qui se présenteront». Et Ivan-tsarévitch le promit. Un jour il se promenait avec ses sœurs dans le jardin. Soudain, le ciel devint noir, le vent se leva en tempête.
- Rentrons vite, mes sœurs, - dit Ivan-tsarévitch.
Ils étaient à peine revenus à la maison que le tonnerre gronda, la , le plafond s'ouvrit et un faucon vola dans la pièce. Il frappa le sol, devint un beau et jeune preux et dit :
- Bonjour à toi, Ivan-tsarévitch! Je venais en hôte, j'arrive en quémandeur -demander en mariage ta sœur Daria-tsarévna.
- Ma sœur est libre de son choix, - répondit le tsarévitch. - Si elle y consent, je n'ai rien contre.
Daria-tsarévna consentit à épouser le faucon. Ils se marièrent et il l'emmena dans son royaume. Jours après heures, mois après semaines une année passa. Ivan-tsarévitch se promeit dans le jardin avec ses deux sœurs, quand, soudain, le ciel devint noir, l'orage menaça.
- Rentrons vite à la maison, - dit Ivan-tsarévitch.
Ils étaient à peine rentrés que le tonnerre gronda, la foudre tomba, le plafond s'ouvrit et un aigle vola dans la pièce. Il frappa le sol, devint un beau et jeune preux et dit : - Bonjour, Ivan-tsarévitch ! Je venais en hôte, j'arrive en quémandeur -- demander a sœur Olga-tsarévna en mariage. - Si tu plais à ma sœur, je ne dis rien contre. Épouse-la. L'aigle épousa Olga-tsarévna et l'emporta dans son pays.
Au bout d'une autre année, Ivan-tsarévitch se promenait dans le jardin avec sa plus jeune sœur quand un orage terrible éclata. A peine à la maison, voilà le tonnerre qui gronde, la foudre qui tombe, le plafond qui s'ouvre. Un corbeau vole dans la pièce, frappe le sol, devient un jeune preux, un fier cavalier. Les deux autres étaient beaux, mais lui, il est magnifique ! Et il dit :
- Bonjour à toi, tsarévitch ! Je venais en hôte, j'arrive en quémandeur - donne-moi ta sœur Anna-tsarévna en mariage.
- Si elle veut de toi, je n'y mets pas obstacle. Mariez-vous ! Anna-tsarévna épousa le corbeau et le suivit dans son pays. Resté seul, Ivan-tsarévitch finit par s'ennuyer. Il se dit : - Je vais voir où mes sœurs habitent, comment elles vivent. Il chemina longtemps et arriva à un champ de bataille. Toute une armée y tuée-massacrée. Ivan-tsarévitch s'écria :- S'il y a ici âme qui vive qu'on me réponde ! Qui donc a massacré toute cette grande armée ?
Il restait un homme vivant qui lui répondit :
- C'est Maria Morevna, beauté altière, qui a massacré notre valeureuse armée ! Ivan-tsarévitch poursuivit sa route. A l'orée d'un bois, il vit des tentes blanches-dressées, de toits d'or parées. Maria Morevna, beauté altière, d'une tente sortit, vint à sa rencontre, le prit par la main :
- Quel bon vent t'amène, tsarévitch ? Est-ce de bon vouloir que tu cours le monde, ou bien contraint et forcé ?
- Les vaillants par contrainte ne se dérangent, - lui répondit Ivan-tsarévitch.
- Alors, puisque rien ne te presse, viens te reposer sous mes blanches tentes.
Le tsarévitch ne demandait pas mieux. Il passa deux nuits chez Maria Morevna, il lui a plu et ils se sont mariés. Et Maria Morevna, beauté altière, emmena Ivan-tsarévitch dans son royaume. A quelque temps de là, Maria Morevna voulut partir en guerre. Elle laissait Ivan-tsarévitch prendre soin de la maison et lui dit :
- Va partout, aie l'œil à tout. Mais n'entre pas dans le réduit que voici, n'y jette même pas un regard !
Mais, sitôt sa femme partie, Ivan-tsarévitch courut voir ce qu'il y avait dans le réduit. Et il vit Kochtchéï-l'lmmortel, carcasse sans chair, corps sans âme qui pendait là sur douze poutres, attaché par douze chaînes. Kochtchéï supplia le tsarévitch :
- Aie pitié, donne-moi à boire ! Voilà dix ans que je n'ai eu une goutte d'eau ! J'en ai la gorge sèche, la langue rèche.
Ivan-tsarévitch eut pitié de lui, apporta un plein seau d'eau. Kochtchéï le but d'une haleine, demanda encore :
- Ce n'est pas assez pour étancher une soif de dix années !
Ivan-tsarévitch lui donna un autre seau plein. Kochtchéï le but et en redemanda. Et sitôt le troisième seau avalé, toute sa force lui revint. Il tira sur ses chaînes, brisa les douze d'un coup.
- Merci, Ivan-tsarévitch, cria-t-il. Dis maintenant adieu à Maria Morevna, plus jamais tu ne la reverras !
En tornade par la fenêtre s'envola, sur la route Maria Morevna rattrapa, la saisit et dans son antre l'emporta. Ivan-tsarévitch pleura amèrement, puis se mit en route : «Quoi qu'il advienne, je retrouverai Maria Morevna !»
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MessageSujet: Re: Contes russes   Sam 28 Oct - 21:28

II chemina un jour, puis deux. A l'aube du troisième il vit un beau palais. Devant le palais un chêne se dressait, sur le chêne un faucon perchait. En voyant Ivan-tsarévitch, le faucon vint frapper le sol, devint un beau et jeune preux et s'exclama :
- Mon cher beau-frère, quelle joie de te voir enfin !
Là-dessus Daria-tsarévna accourut, au cou de son frère se jeta, des nouvelles lui demanda, toute sa vie lui raconta. Ivan-tsarévitch vécut trois jours chez eux, puis s'excusa :
Je ne peux rester davantage. Il me faut aller chercher Maria Morevna, beauté altière, mon épouse bien-aimée.
- Ce ne sera point facile, dit le faucon. Laisse-nous ta cuillère d'argent, en cas. On pensera à toi en la regardant.
Le tsarévitch laissa sa cuillère et reprit la route.Il chemina un jour, puis deux. A l'aube du troisième il vit un palais encore plus beau. Devant le palais un chêne, sur le chêne un aigle. L'aigle vint frapper le sol, devint un jeune preux et cria :
- Olga-tsarévna, réveille-toi ! Notre cher frère est arrivé !
Olga-tsarévna accourut, au cou de son frère se jeta, des nouvelles lui demanda, toute sa vie lui raconta. Ivan-tsarévitch passa trois jours chez eux, au quatrième s'excusa :
- Il me faut aller chercher Maria Morevna, ma belle épouse !
- La tâche est difficile, dit l'aigle. Laisse-nous ta fourchette d'argent, en cas. Nous penserons à toi en la regardant.
Ivan-tsarévitch laissa sa fourchette et repartit. Il chemina un jour et deux. A l'aube du troisième il vit un palais plus magnifique que les autres. Il y avait un chêne devant le palais, sur le chêne un corbeau. Le corbeau frappa le sol, devint un beau et jeune preux et s'écria :
- Anna-tsarévna, viens vite ! Notre cher frère est là !
Elle accourut, au cou de son frère se jeta, des nouvelles lui demanda, toute sa vie lui raconta. Après trois jours passés chez eux, Ivan-tsarévitch voulut repartir : Je dois aller chercher mon épouse, Maria Morevna.
- Ce sera bien difficile, dit le corbeau. Laisse-nous, en cas, ta tabatière d'argent. On pensera à toi en la regardant.
Ivan-tsarévitch laissa sa tabatière et se remit en route. Il chemina tant qu'il finit par arriver jusqu'à Maria Morevna. En voyant son doux ami elle tomba dans ses bras, toute pleurante :
- Ah, que ne m'as-tu écoutée, Ivan-tsarévitch ! Pourquoi es-tu entré dans le réduit, pourquoi as-tu laissé partir Kochtchéï-l'Immortel ?...
- Pardonne-moi, ne remue pas le fer dans la plaie, oublie les fautes passées ! Sauvons-nous vite, tant que Kochtchéï n'est pas là.
Il prit Maria Morevna sur son cheval et s'enfuit au galop.
De ce temps, Kochtchéï était à la chasse. Le soir venu, comme des taillis il débuche, sous lui son cheval trébuche. Kochtchéï dit :
- Qu'as-tu à broncher, vieille carne ? Sens-tu quelque méfait qui se trame ?
- Ivan-tsarévitch est venu, - répond le cheval. - Il a enlevé Maria Morevna.
- Peut-on les rattraper ?
- On peut semer du blé, attendre qu'il pousse, le moissonner, le moudre, cuire cinq fournées de pain, le manger et se mettre en chemin. Même comme ça on serait encore à temps !
Kochtchéï eut vite fait de rattraper Ivan-tsarévitch. Il dit :
- Passe pour cette fois ! Tu m'as donné à boire, alors je te pardonne. Mais ne t'avise pas de recommencer !
Il saisit Maria Morevna, beauté altière, et s'en fut. Ivan-tsarévitch s'assit sur une pierre, versant des larmes amères. Après avoir pleuré tout son soûl, il retourna chez Maria Morevna :
-Viens ! Partons vite, tant que Kochtchéï n'est pas là ! J'ai bien peur, Ivan-tsarévitch ! Il va nous rattraper.
-Tant pis ! Ce sera toujours une heure de prise, une heure que nous aurons passée ensemble tous les deux.
Ils partirent. Le soir venu, au retour de la chasse, Kochtchéï des taillis débuche, sous lui son cheval trébuche :
- Pourquoi bronches-tu, vieille carne ? Sens-tu un méfait qui se trame ?
- Ivan-tsarévitch est venu, il a emporté Maria Morevna.
- Et on peut les rattraper ?
- On peut semer de l'orge, la voir pousser, la moissonner, brasser de la bière, en boire tout son soûl et dormir là-dessus. En partant au réveil, on serait encore à temps !
En peu de temps Kochtchéï rattrapa les fuyards. Il cria :
-Une fois encore je te pardonne, mais n'attends plus de grâce, je te couperai en morceaux !
Kochtchéï emporta Maria Morevna, beauté altière. Et Ivan-tsarévitch resta là, à pleurer. Puis, n'en pouvant plus de peine, il retourna voir sa femme : Viens ! Fuyons tant que Kochtchéï n'est pas là.
- Mais il va nous rattraper, Ivan-tsarévitch. Il va te couper en morceaux !
- Peu m'importe ! Je ne peux pas vivre sans toi.
Le soir, Kochtchéï revient de la chasse, des taillis débuche, sous lui son cheval trébuche.
-Qu'as-tu à broncher, vieille carne? Sens-tu le méfait qui se trame ?
- Ivan-tsarévitch est venu enlever Maria Morevna.
Kochtchéï rattrapa les fugitifs. Il coupa Ivan-tsarévitch en morceaux, les mit dans un tonneau goudronné, de fer cerclé, d'airain encloué et jeta le tonneau dans la mer. Puis il emporta chez lui Maria Morevna. A ce jour, à cette heure, à cet instant les objets d'argent qu'Ivan-tsarévitch avait laissés chez ses beaux-frères ont subitement noirci. Le faucon, l'aigle et le corbeau en prirent alarme - II est sûrement arrivé malheur à Ivan-tsarévitch !
L'aigle vit le tonneau dans la mer, plongea et le tira sur le rivage, pendant que le corbeau et le faucon s'envolaient chercher de l'eau morte et de l'eau vive. Une fois de retour, ils lavèrent les morceaux, les arrangèrent comme il convient. Le corbeau les aspergea d'eau morte - le corps se ressouda. Le faucon l'aspergea d'eau vive - - Ivan-tsarévitch bâilla et dit :
- Que j'ai dormi longtemps !
- Sans nous, tu dormirais encore ! Il faut que tu viennes maintenant chez nous, te reposer, reprendre des forces.
- Non, mes frères chéris ! Je retourne chercher ma femme.
Et il y retourna. Mais cette fois il dit à Maria Morevna :
- Tâche de savoir où Kochtchéï s'est procuré un si bon cheval !
Maria Morevna, beauté altière, guetta le moment propice, posa des questions subreptices, tira de Kochtchéï toute la vérité :
- A vingt-neuf pays d'ici, dans le trentième royaume, par-delà un fleuve de feu vit Baba-Yaga, vieille sorcière. Elle a une jument qui en une journée fait trois fois le tour du monde ! Et elle a encore beaucoup d'autres bonnes cavales. Je les ai gardées trois jours durant, n'en ai pas perdu une seule. Et en récompense, Baba-Yaga m'a donné un poulain.
- Mais comment as-tu fait pour traverser le fleuve de feu ?
- J'ai un mouchoir magique - par trois fois à droite on l'agite et un pont s'élève, si haut que les flammes ne peuvent l'atteindre.
Maria Morevna répéta tout à Ivan-tsarévitch et lui remit le mouchoir qu'elle avait volé à Kochtchéï. Ivan-tsarévitch traversa le fleuve de feu et partit chez Baba-Yaga. Il marcha longtemps, sans manger, sans boire. Et il avait grand-faim quand il vit un oiseau des Iles avec ses petits. «Ça tombe bien, se dit le tsarévitch, je m'en vais manger un de ces oisillons !» Mais l'oiseau lui dit :- Ne touche pas à mes petits, tsarévitch ! Bientôt je te serai de grand secours. Il obéit. Peu après, il vit un essaim d'abeilles :
- Je vais prendre leur miel, apaiser ma faim !
- N'y touche pas, tsarévitch, lui dit la reine des abeilles. D'ici peu je te serai de grand secours.
Il obéit et poursuivit sa route. Et il rencontra une lionne avec son lionceau. Ivan tsarévitch avait si faim que la tête lui tournait : « Je vais manger ce lionceau ! » se dit-i mais la lionne le supplia :
- N'en fais rien ! D'ici peu je te serai de grand secours.
Ivan-tsarévitch serra sa ceinture et poursuivit à jeun son chemin. Bientôt il vit la maison de Baba-Yaga : de douze perches entourée, sur onze perches des têtes coupées, 1 douzième vacante.
- Bonjour, grand-mère, dit le tsarévitch en entrant.
- Bonjour, tsarévitch ! Viens-tu de plein gré ou par besoin ?
- De plein gré je viens te servir, gagner le poulain dont j'ai besoin.
- Pourquoi pas ? Chez moi, le service n'est pas d'un an ni d'un mois, mais juste de trois jours. Garde bien mes juments et tu auras ton poulain. Mais que tu m'en égares une seule, et ta tête ira compléter la douzaine sur mes perches ! C'est bien d'accord?
Ivan-tsarévitch dit : «D'accord !» Baba-Yaga lui donna à manger, puis l'envoya faire paître ses cavales. A peine dans les prés, les cavales se sont égaillées de tous côtés, pas moyen de les rattraper. Le tsarévitch l'essaya bien, n'arriva à rien, s'assit et se mit à pleurer. A force de pleurer il s'endormit. C'est l'oiseau des Iles qui le réveilla au soleil couchant :
- Rentre vite, tsarévitch ! Les cavales sont déjà à l'écurie. En arrivant, Ivan-tsarévitch entendit Baba-Yaga qui criait : — Pourquoi êtes-vous toutes rentrées, rosses empotées?
- Le moyen de faire autrement? - répondaient les cavales. - Du monde entier sont venus des oiseaux, ils voulaient nous crever les yeux !
- Puisque c'est comme ça, demain sauvez-vous dans la forêt. Le lendemain, - Baba-Yaga menaça encore Ivan-tsarévitch :
- Qu'une jument me manque et c'est ta tête qui m'en répondra !
A peine dans les prés, les cavales se sont égaillées, dans la forêt épaisse se sont cachées, pas moyen de les retrouver. Ivan-tsarévitch chercha bien, ne trouva rien, se mit à pleurer et s'endormit. Au coucher du soleil la lionne vint le réveiller : Rentre à la maison, tsarévitch ! Les cavales y sont déjà.
A la maison, Baba-Yaga pleine de rage menait grand tapage :
- Pourquoi êtes-vous toutes revenues, sales rosses ?
- Comment faire ? Du monde entier des bêtes féroces sont arrivées, nous ont attaquées, voulaient nous dévorer !
- Si c'est comme ça, demain vous irez plonger dans la mer !
- Le lendemain, sitôt dans les prés, les cavales se sont égaillées, dans la mer bleue ont
- Puisque c'est comme ça, demain sauvez-vous dans la forêt. Le lendemain, Baba-Yaga menaça encore Ivan-tsarévitch :
- Qu'une jument me manque et c'est ta tête qui m'en répondra !
A peine dans les prés, les cavales se sont égaillées, dans la forêt épaisse se sont cachées, pas moyen de les retrouver. Ivan-tsarévitch chercha bien, ne trouva rien, se mit à pleurer et s'endormit. Au coucher du soleil la lionne vint le réveiller : Rentre à la maison, tsarévitch ! Les cavales y sont déjà.
A la maison, Baba-Yaga pleine de rage menait grand tapage :
- Pourquoi êtes-vous toutes revenues, sales rosses ?
- Comment faire ? Du monde entier des bêtes féroces sont arrivées, nous ont attaquées, voulaient nous dévorer !
- Si c'est comme ça, demain vous irez plonger dans la mer !
Le lendemain, sitôt dans les prés, les cavales se sont égaillées, dans la mer bleue ont plongé ! Ivan-tsarévitch n'essaya même pas de les suivre. Il se mit à pleurer et s'endormit. C'est une abeille qui le réveilla au coucher du soleil :
- Les cavales sont toutes à l'écurie, tsarévitch. Mais en rentrant, ne te fais pas voir de Baba-Yaga. Juste à minuit, va dans l'écurie. Là, dans un coin caché, dans du crottin couché il y a un poulain galeux. Emmène-le et sauve-toi de la maison !
Ivan-tsarévitch se glissa dans la maison et entendit Baba-Yaga mener grand tapage, tancer ses cavales qui lui répondaient :
- Le moyen de ne pas rentrer ? Du monde entier des abeilles sont venues nous piquer-attaquer ! Nous avons les naseaux en sang, les oreilles à vif !
A minuit sonnant, Ivan-tsarévitch prit le poulain galeux et courut au fleuve de feu. Il agita son mouchoir à droite, un pont s'éleva. Le tsarévitch traversa, puis agita le mouchoir à gauche, mais deux fois seulement. Le pont est resté, mais tout fin-fragile, juste une apparence. Le matin, Baba-Yaga ne retrouva pas son poulain galeux, et furieuse, se lança à la poursuite du tsarévitch. Baba-Yaga se dépêche, ne prend ni cheval ni calèche, dans un mortier de fer trotte, du pilon l'asticote, du balai efface la trace. Elle monta sur le pont pour traverser le fleuve de feu, mais le pont se rompit. Baba-Yaga tomba dans le fleuve - et ce fut sa fin.
Ivan-tsarévitch mena son poulain dans les prés verts, les herbages gras. Et, vite, le poulain se fit beau coursier. Alors Ivan-tsarévitch revint chez Maria Morevna. Elle tomba dans ses bras :
- Je te croyais mort ! Comment t'en es-tu sorti ?
- C'est arrivé comme ci et comme ça... Mais partons vite ! J'ai peur, Ivan-tsarévitch. Kochtchéï va nous rattraper !
- Ne crains rien, j'ai un cheval qui vole !
Le soir, Kochtchéï revient de la chasse, des taillis débuche, sous lui son cheval trébuche. - Tu bronches, vieille carne ? Sens-tu le méfait qui se trame ?
- Ivan-tsarévitch est revenu. Il a emporté Maria Morevna.
- Et pouvons-nous les rattraper ?
- Je n'en sais rien. Cette fois, le cheval du tsarévitch est fils de ma mère, mon jeune frère. Mais on peut toujours essayer.
Kochtchéï galopa à toute allure. Il eut du mal cette fois, mais il finit quand même par rejoindre les fuyards. Kochtchéï sauta à terre, leva son cimeterre pour couper Ivan-tsarévitch en menus morceaux. Mais le cheval du tsarévitch sur lui-même tourna, d'une grande ruade l'assomma. Et Ivan-tsarévitch acheva Kochtchéï d'un bon coup de sa masse d'armes. Puis il brûla son corps et jeta les cendres au vent.
Maria Morevna, beauté altière, prit le cheval de Kochtchéï, Ivan-tsarévitch le sien et ils s'en allèrent, sans se presser, chez le corbeau, puis chez l'aigle et le faucon. Partout ce n'était que fêtes, grande joie et liesse. Et ses beaux-frères disaient :
- Ah, Ivan-tsarévitch ! On n'espérait plus te revoir. Mais en voyant ta femme, on comprend le mal que tu t'es donné. De beauté pareille, il n'en existe pas sur toute la terre !
Après avoir festoyé joyeusement, Ivan-tsarévitch et Maria Morevna, beauté altière, s'en sont retournés dans leur royaume. Et ils y ont vécu sans soucis ni tourments, buvant de l'hydromel vieux, mangeant du pain blanc.
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