SOUFFLES
Souffle le vent
d’est qui tremble
Et porte dans ses cris,
Des souvenirs terribles
Du temps où les hommes
Avaient choisi le génocide
Pour asservir la
vie.
Si les dictateurs ne sont plus les mêmes
L’horreur est identique
A ce qu’elle était.
Et ce vent de colère,
Qui pleure sur la plaine
Nous courbe encore le dos
Sous le poids de tous ces corps meurtris,
Qui restent en nos mémoires,
Et sert de gardes fous
A nos pensées maudites.
Ils saluaient Hitler
Leur habit était gris
Et leurs yeux de brouillard
Comme ceux de tant d’autres
S’éteignirent sous la pluie.
Quand la guerre fit rage
Et que furent sacrifiées
Des millions d’existences
Au nom d’une folie
Le vent de l’est raisonne encore
Dans ses emportements
Comme en fond sonore
Du chant des partisans.
Souffle le vent du Sud
Qu’on appelle scirroco
Il chante avec Fanny
Marius et les cigales
Apporte dans ses joues
Les odeurs de lavande,
de thym De romarin
et de figues
Qui dansent
Tout en lui
respire le bonheur
Pourtant, il brûle les yeux
De la tendre Antonia
Et lui plante cruel
Une épine dans le cœur
Quand il porte les chants
Des montagnes de Corse
Où les guitares se mêlent
Aux cloches des brebis.
Tout dans son haleine respire
Le soleil, la paix et la beauté
Alors pourquoi a-t-il fallu
Que son amour meurt
Au nom dis-moi de quelle vérité
Un homme, un frère
Lui aussi Français
A-t-il pu sous
couvert de révolte
Lancer une Bombe
En criant « liberté ! »
« Un sognu pe campe »
Mais sacrifier des vies
N’est ce pas cher payer ?
Souffle le vent d’ouest
En sifflant dans les rides
Des baillives profondes
Qui peuvent emporter
Nos corps de marionnettes
Qui se baignent
Dans les eaux
torturées…
Hurle le vent d’ouest
Entre les grands rochers
Qui se dressent
Tels des spectres
de granit
Dans l’océan glacé…
Elle se nomme Inès
Et danse le flamenco
Elle sur le sol
de France
Lui celui de
Bilbao
Il se nommait
Jose
Mais il a disparu
Dans les pas
de l’ ETA
Et n’est pas
revenu…
Depuis le pays Basque
Jusqu’aux ports
de Bretagne
Le vent est souvent
Un triste messager
Qui parle d’attentats
De naufrages et
de larmes
Qui brisent les cœurs
Des femmes de là bas
Souffle le vent
du Nord
Sur les plaines
immenses,
Les champs de blé sans fin
Les plages qui s’étalent
Et les dunes seul abris
Contre ses rages folles.
Il est fort, il est âpre
Et quand il se déchaine
Il nous coupe le souffle
Nous force à nous plier
Il nous donne en
prime
Les ondées souveraines
Qui se coulent
chez nous.
Il apporte avec lui
Les plaintes de l’Irlande
Et de l’Angleterre
Qui se sont massacrées
Il couvre les sanglots
Des femmes de mineurs
Qu’un coup de grisou
A soudain balayés
Il porte les souffrances
Des révoltes ouvrières
Des grèves de nos pères
Qui furent emprisonnés
Mais dont les cris de colère
Traversaient les frontières
Car il portait en lui
« Le chant des Ouvriers »
Est ce pour nous dire
De ne jamais nous taire
Qu’il gronde si souvent
Contre nos hauts clochers ?
Souffles des
vents de l’est, du sud
De l’ouest ou du nord
Vous êtes les drames de la vie
Qui crient à nos oreilles
Dans ce qu’elle a de dur,
De terrible et d’extrême
Vous savez les douleurs
Des humains qui se fondent
Dans les brumes de peine
Avant les éclaircies
Vous savez de vos voix
couvrir les cris de haine,
Les pleurs des femmes
Et celles des enfants
Le bruit des fusillades
Les plaintes des mourants
Si vous soufflez si fort
Quand le monde tourne boule
Est-ce pour nous protéger
De la colère de Dieu?
Père de l’humanité
Qui ne comprend plus rien.
Quand frères entre les frères
Nous nous haïssons tant
Que nous tuons la terre
A coups de violences
Et de pollutions ?
C’est ce que je croyais
Lorsque j’étais enfant
Mais lorsque vous repartez
Terminer vos voyages
Et que vous nous laissez
Aquilons et zéphyrs
Dans la fraîcheur du soir
La douceur des matins
La joie reprend ses droits
Les rêves se propagent
Car vous emportez la fureur
Avec vous…
Et l’on peut voir alors
Lorsqu’elle fut
destructrice
Comme d’un même élan
Les Hommes s’entraider
Par la magie du cœur
Ils s’aiment et se comprennent
Et créent des ponts d’amour
Dans tous les continents.
Alors peu à peu
Le monde se réveille
Et repart courageux
Vers d’autres expériences
Dont la raison profonde
Se nomme ESPERANCE.
©Christian
POULLEIN – 3 septembre 2008